mercredi 22 juin 2016

LA PETITE BÊTE QUI MANGE LA GROSSE, de JYB

Titre : LA PETITE BÊTE QUI MANGE LA GROSSE

Auteur : JYB

Catégorie : Animaux

« Toute forme de vie mérite le respect » est une consigne que j’apprécie beaucoup.
Il y a quelques années, un soir, je regardais la télé, assis sur mon canapé, dans le noir. Je remarquais une tache noire sur le mur, au-dessus de l’écran. J’attendis la publicité pour me lever, éclairer la pièce et aller voir de plus près ce qu’était ce point noir. Et là, stupéfaction : en moins d’un dixième de seconde, ce point se retrouvait à deux mètres de là, à l’autre bout du mur. Qu est-ce que c’était que ce truc ?
J’allais à nouveau voir de plus près et ce que je vis me glaça d’effroi. Sur un corps de cinq centimètres de long étaient greffées des centaines de pattes semblables à de la soie et une paire d’antennes. Je n’avais jamais rien vu de tel. Et, tandis que je commençais à me demander comment j’allais faire sortir cet animal de l’appartement, le voilà qui se remettait en mouvement. Il était déjà sur le parquet et se déplaçait à une vitesse fulgurante. 
Tous les poils se dressèrent sur mon corps en même temps que la chaleur m’envahissait. Je fis un bond jusque sur mon canapé d’où je saisis un balai caché derrière la rampe d’escalier. La bête avait disparu. Je restais là un moment en position debout le cœur battant à tout rompre à attendre son retour. Ce qui finit par arriver. Le bolide sortit de sous le canapé.
Je donnais des coups de balai sans bien savoir si j’arrivais à toucher l’animal. Je finis par arrêter. Sur le parquet ne restait qu’un corps sans vie. Je me calmais un peu. Je finis par descendre du canapé pour aller chercher un kleenex pour me débarrasser du corps. Mais à mon retour, le monstre avait repris du poil de la bête. Il recommençait à se promener sur le parquet. Cette fois, je saisis un dictionnaire et le lui balançait dessus. En plein dans le mille. Cette fois il ne restait que de la bouillie de la chose.
Une recherche m’apprit plus tard que cet animal était une scutigère véloce, une variété de mille-pattes utile vivant dans les appartements humides et qui dévore les fourmis et les abeilles. J’avais fait un délit de sale gueule et j’en avais honte.
Ce fut ma première rencontre avec cet animal mais pas la dernière. A ma grande honte, je continue d’en avoir une peur bleue et à chaque fois ça se termine par un carnage. Entre la Speedy Gonzales des insectes et moi, ce n’est pas le grand amour. Imaginer cette bête qui viendrait me courir dessus pendant mon sommeil me révulse.
Alors certes, « toute forme de vie mérite le respect » mais on peut faire notre vie chacun de son côté, d’accord ?

jeudi 17 mars 2016

LA PETITE BLONDE, de Slobo

Titre : LA PETITE BLONDE

Auteur : SLOBO


Cela a commencé par un jour comme un autre. Je rentrais de l'école avec la peur au ventre. Mon instituteur nous avait rendu la correction des dernières dictés.
- Sam, tu la feras signer de tes parents.
M'avait-il informé de sa voie froide.
Encore un zéro. J'avais beau connaitre les règles, j'avais encore réussi à en faire plein. J'avais beau ne pas faire de fautes lorsque ma tante me faisait la dictée ; à l'école, face au autre, face à la peur de l'échec je perdais tout ce que je savais.
Lorsqu'il me la tendu, j'avais regardé ma copie parsemée de notre au stylos rouge, et même de traits au stylos vert soulignant certain mot. A coté du Zéro, il y avait marqué *360,5 ...*
" Votre note réel si j'avais dû tout comptabiliser."
M'avait-il indiqué.
Et écrit entre parenthèse
*Zéros Absolue ! Bravo, on peut difficilement faire pire*
Et donc après plusieurs bulle aux dictés, malgré avoir déjà parler à ma mère de mon orthographe désastreux, après m'avoir fait passer de classe en classe avec une des mes copie ratée, voilà qu'il demandait à retourner la copie signer de mes parents.
J'avais pas trop de soucis pour ma mère. Elle me comprenait. Elle savait que je faisait de mon mieux.
Mon père lui c'était autre choses. C'était entre le regard noir qui vous met les tripes à l'air ou bien un râle de souffrance comme si j'avais atteint l'essence de son âme et lui en avait retiré un peu.
J'avais bien voulu contrefaire sa signature, mais je m'étais déjà fait prendre et ça avait été bien pire que si j'avais fait signer le papier. Comme pour un rhume que vous ne voudriez soigner mais qui tournerait en problème pulmonaire.
Donc ce soir là, je prend mon courage à quatre mains, parce que franchement deux ne sont pas suffisantes, et tend la copie à l'autre bout de la table. La où siège mon père.
- Le maître à demandé que vous signez !
Regard qui s'entrecroise. Beaucoup de non dit que j'entend pourtant comme des hurlements en moi. Beaucoup de déception. Un souffle prolonger de mon père devant la note. Et une phrase qui parait anodine.
- Ha ! Mais pourquoi je n'ai pas eu ma petite blonde.
Un regret réel se sent dans sa voie. On sait mes soeurs et moi depuis longtemps que mon père aurait aimé qu'une d'elle soit blonde. Il a eut un temps un espoir, mais il s'est retrouvé avec une brunettes et l'autre châtain, sans parler d'un garçon bon à rien.
Cette phrase anodine a pourtant eut un je ne sais quoi de malsain qui ma donné la chaire de poule.
Nous étions tous les cinq à table. Cinq places pour une table qui pouvait accueillir si personnes. Cinq places occupées et un siège désespérément vide. Et pourtant pour un instant j'aurais juré voir se dessiner dans l'air l'ombre d'un sourire.
Ce soir là, après de multiples remontrances, j'eu du mal à m'endormir. Pas par tristesse. Pas par stresse. Pas parce que j'entendais mon père se plaindre que j'ai encore une fois déçu ses attentes. Non c'est autre choses qui m'a empêché de fermer les yeux, mais une chose sur laquelle je n'arrivais pas à mettre le doigt dessus.

Le temps passa à chaque nouvelle déception de l'un de nous trois nous avions droit au couplet de la petite blonde. Et à chaque refrain la présences à mes cotés prenait un peu plus corps. Pourtant seul moi avait l'air d'en avoir conscience. Un jour, J'ai demandé innocemment à mes deux grandes soeurs si elle n'avait rien sentit d'étrange, mais c'était négatif. Peut-êtres êtes-ce dû au fait que je sois le plus jeune ?

L'année suivant ma nouvelle institutrice ne m'aimait pas beaucoup. Quelque chose en mois lui paraissait assez déroutant pour qu'elle demande un suivit avec le psychologue pour enfant. Une nouvelle fois mon père pris cela comme un attaque, voir un affront. Nous nous sommes donc rendu chez le directeur, qui lui a laissé aucune autre alternative s'il voulait pas que je redouble de nouveau. Je dû donc m'y rendre une fois par semaine. Rien de passionnant, ni d'éducatif. En fait, je passais mon temps à jouer. Mais au détour d'une séance je décidais de parler de mon sentiment au psychologue. Il me fixa d'un oeil malin et doucement me dit.
"C'est ton sentiment de culpabilité, Sam. Tu as honte, alors lorsque ton père évoque cette parfait enfant blond, tu la voie pour un instant, comme un miroir meilleur de toi-même."
Je trouvais cela idiot parce que pourquoi si c'était un miroir je voyais une fille ? Je suis un garçon et j'aimais être un garçon. N'empêche que en rentrant ce jour là je me retrouvait seul chez moi. C'était un après midi ensoleiller mais ça ne m'empêchait nullement d'allumer la télévision pour voir les dessins animée.
Et pendant une seconde alors que l'écran allait s'allumer, je vis son reflet. Elle était un peu plus petite que moi, blonde coupé cour avec des couettes comme Nelly Olsen, un regard bleu vif et intelligent. Car mon père depuis avait précisé que sa petite blonde aurait eut les yeux bleues. Elle portait une robe tout droit sortie de la couvertures des petites filles modèles. Une des lecteurs favorite de mon père. Enfin, Je sentais même l'odeur de cannelle de son shampoing.
Cela ne dura qu'un instant, mais qui paru pour moi un long moment.

Après cela j'ai eut de plus en plus de mal à m'endormir et donc à me concentrer. La petite blonde semblait me hanter, me narguant d'un rire cristallin. Je la percevait comme une personne a mes cotés lorsqu'on mangeait et j'étais toujours le seul à la voir.
A l'école elle me fixait depuis la fenêtre ou derrière le bureau de la maitresse à l'affut de mes erreurs.
Comme si, lorsque l'une d'elle serait tellement énorme, elle pourrait changer de position dans la réalité avec moi.
J'ai malgré tout cela réussit à me faire des amis mais la petite blonde était bien plus fidèle qu'eux. Elle ne se fatiguait jamais et ne me laissait aucun répit. Avec le temps j'appris à l'accepter et la considérer comme une compagne de voyage.

Je grandis et elle en même temps que moi. J'étais pas laid, mais pas intéressant ; Alors qu'elle aurait été sublime à en faire tourner toutes les têtes. J'étais timides et maladroit ; Alors qu'elle aurait été assurée. Pourtant jamais elle ne réussit à prendre pieds dans le réel et c'est surtout cela qui m'avait rassuré.
Malgré tout mes défauts, et mes erreurs je fini mon chemin scolaire en retombant sur un choix qui me plaisait pour ma futur carrière. C'est déjà beaucoup. Mais malgré tout j'imaginais sans mal que la petite blonde, elle, aurait déjà bien avancé dans la sienne car aurait fini toutes les études et la facultés sans mal et bien plus vite.
Et lorsqu'on dû enterrer mon père, je ne pleura pas. Mais j'imaginais parfaitement la petite blonde penchée en larmes sur son cercueil.

On aurait pu croire qu'elle me laisse là. Mais non, infatigable, elle était toujours ma compagne. J'échouais à trouver ma moitié alors que je l'imaginais avoir eut plusieurs amants avant de se marier et fonder une famille. Mais au moins dans mon travail je savais ce que je faisait, c'était mon terrain et le seul endroit qu'elle avait du mal à dominer. Bien entendu, dès qu'il fallait écrire, les vieux démons réapparaissait et elle avec. Elle n'hésitait pas à me suggérer des mots complètement distordu. Tout comme à me fermer les yeux sur ma relecture. Ou encore, peut-être même à pousser mon doigt sur la souris pour j'envoie le message plein de fautes.

Ainsi nous vivions l'un un l'autre en chien de failance sans céder de terrain. Si je n'avais plus mon père pour dire "Ha si seulement j'avais pas petite blonde" je semblais encore l'entendre et ça lui donnait encore beaucoup de pouvoir.

Puis là mort me rattrapa ... Bêtement !
Un accident de la circulation. J'ai pris un feu vert pour un rouge. Oui parfois les couleurs comme les mots se mêlent dans mon esprit.
Ma tête a heurté le trottoir et mon sang s'écoule dans le caniveaux.
Les regrets coulent eux aussi tel un fleuve et puis s'arrêtent ... Une main se pose sur mon torse. On pourrait croire qu'elle va mourir avec moi, que je vais l'emporter avec moi. Non, elle est là vivante comme jamais. Belle comme jamais. J'aimerais dire qu'elle a un mauvais sourire ; mais non ! Il est aussi triste qu'a la mort de mon père. Car la petite bonde est parfaite, elle ne peut donc pas être mauvaise. Si ?
Je sens l'odeur de cannelle, et une de ses larmes. Elle pleure. Après tout elle perd son seul ami, son meilleur ami.
"Je vais vivre pour toi !"
Son les dernier mot que j'entends, et alors que le noir, le froid et la mort m'emporte j'ai comme un doute.

Est-ce elle qui ma fait traverser ?
Ai-je seulement été réel ? Ou dans l'imagination de cette petite Blonde ?

lundi 7 mars 2016

A L'ETAGE, de Nopoman

Titre : A L'ETAGE

Auteur : NOPOMAN

Le mois d’août 2007 touchait à sa fin, et avec lui un séjour d’un mois dans le pays de mes ancêtre, la Pologne, où j’avais pu effectuer un stage en recherche au milieu des paysages lacustres de la Mazurie. Mes parents me ramenaient au pays, profitant de l’occasion pour visiter la famille, et je trainais sur le parcours la nostalgie d’un été exceptionnel, fort d’expériences inoubliables, dans un pays loin d’où je vivais, mais proche de qui j’étais.

La chaleur sèche de la fin de l’été, et ses nuits au ciel dénué de tout nuage figeaient l’instant de cette jeunesse, l’insouciance dans le rétroviseur, l’inconnu devant soi. Le seul sentiment du présent était une mélancolie profonde, exacerbé par un amour mal placé, envers une femme dont l’inaccessibilité n’était que la simple expression de son inadéquation avec moi. 

Hébergé pour une nuit chez un cousin, nous n’avions comme loisir que d’écumer la liste de série et de films que mes sœurs avaient eu bon ton d’emporter avec elles. Tandis qu’elles lançaient un énième film que mon prétendue bon goût répugnait de visionner, alors que, idiot que j’étais, je n’avais pas compris que chaque instant avec elles valaient n’importe quel sacrifice sur l’autel de mon snobisme, je les quittais et pris d’un mouvement de solitude romantique, je passais la porte fenêtre et m’accoudait au balcon donnant sur la cour intérieur fermée de ce bloc du début du siècle. Microcosme d’où je pouvais observer depuis mon 3ème étage toutes ces fenêtres donnant sur autant d’univers. Et au-dessus, le ciel. Le même que celui en France. Et loin là-bas, elle. Elle qui m’ignorait depuis des mois, et dont je refusais alors de voir moi-même que c’était son ignorance qui était un signe. 

Je me sentis soudainement pris d’un élan de lucidité dont je me rappelle encore aujourd’hui la vive précision. Un mouvement du cœur et de l’âme qui me fit chavirer et s’inscrivit dès cet instant comme un rare moment à ne pas oublier. Je devais l’exprimer d’une manière ou d’une autre. Sous ce ciel partagé, et cette femme dans ma tête, je sortis mon téléphone et envoyai ce qui me sembla l’expression même de mon épiphanie. Non seulement dans le contenu, mais dans le fait d’avouer que là, à une demi-Europe de distance, je pensais à elle. Moi, seul sur ce balcon, entouré de ces lumières, bercé par une brise chaude, les narines emplie de cette odeur indescriptible et familière d’un pays qu’on visite depuis son enfance, je pensais à elle.

Je ne reçus jamais de réponse.

Quelques mois plus tard, après une suite d’autres messages sans réponse, je reçu enfin celui que j’attendais. La demande polie mais ferme d’arrêter de la contacter. Étrangement je la remerciais. 

Et ce fut tout.

Quelques déceptions amoureuses et années plus tard, printemps 2013. Je retourne en Pologne, 6 ans ont passées. Mon cousin me présente à sa belle-sœur. Et je la rencontre. La vraie. Celle qui justifie tout ce que j’ai traversé jusque-là. Tous les errements prenaient un sens.
Au détour d’une conversation sur mes précédents voyages en Pologne, je lui fais part de mon passage dans sa ville, ce soir d’été, où j’ai dormi chez sa sœur. Elle me dit alors se souvenir qu’elle avait entendu parler de moi, de ce cousin français qui était venu dans sa ville. Elle en a entendu parler un soir d’été. Un soir où lors d’une fête, l’hôte lui avait dit que son frère hébergeait sa famille française. Qu’il l’hébergeait en ce moment même dans son appartement. Celui d’en dessous.

J’aime à penser que ce soir d’août, alors que mon corps m’avait attiré dehors, que le silence s’était fait, et que je levais les yeux au ciel, j’aime à penser qu’en effet sous ce même ciel m’attendait quelque chose. Quelqu’un.

Juste à l’étage.

mardi 23 février 2016

IN THE END, de Eddy Vanleffe

Titre : IN THE END

Auteur : Eddy Vanleffe 


Il est temps à présent de se dire au revoir. 
Tu es parti, au paradis, en enfer, enfin où tu voudras bien aller. En vélo sans doute.

De mémoire, je t'ai toujours détesté, enfin pour être plus exact, j'ai toujours détesté ton personnage et ce qu'il avait fait à ma famille. Absent, pour cause de ne pas être encore né, je n'ai pu que constater le carnage et la cicatrice. Et cette sorte de condamnation de leur âme à l'apathie. Quelque chose avait brisé leur ego et attisé un feu de colère inextinguible avant même que j'e n'en ais conscience. 
Moi, j'ai vécu bien, cool, sans me rendre compte de l'anomalie. Celle-ci me fut crachée au visage à l'école, qui est la boite de pétri de la société humaine, dans toute sa veulerie et sa méchanceté brute, pas encore policé par le vernis sucré de l'hypocrisie.

-T'as pas de père! Se moquèrent rapidement les cloportes autour de moi.

-J'ai vu ta mère en compagnie tout à l'heure. Apparemment t'en as plusieurs, tu m'en prêtes un? 

On est bien obligé de répliquer non? 

Pour ma part ma seule croix, c'était un nom. Ton nom. Mon frère s'est même mis en tête d'accoler celui de maman sur sa carte d'identité, devenant ainsi un véritable exercice de rééducation d'orthophonie ambulant. A quoi bon franchement? Adolescent, j'avais un plan bien plus étudié: Ne pas me marier, ne pas reconnaître mes enfants pour qu'ils portent le nom de leur mère et faire disparaître cette tâche qui faisait désordre sur mon CV.
Et puis j'ai oublié, je me suis passionné pour la bande dessinée, les humoristes et les musiciens: ben ouais j'étais adolescent: à cet âge là, il faut être malade pour vouloir être malheureux. Rencontres, amitiés, toutes importantes jusqu'à LA rencontre. 
Le jour où le pantin de bois devient vraiment un être vivant au contact de sa fée bleue. Je n'avais pas eu de Gepetto? Bof! Je n'avais pas eu de fils non plus...
La vie, c'est plus simple qu'on veut bien l'admettre: Quand on peut pas faire avec, et bien on fait sans. C'est tout. 
A cette période, tu m'as appelé. Deux fois. Pour demander pardon et puis pour demander si tu devais arrêter d'envoyer la pension alimentaire. Ouais c'est vrai tiens... Ben non en fait, je viens de trouver du boulot...
un instant je me souvins du surnom que tu nous donnais à moi et mon frangin: les manicraques-blues... 
Je n'ai jamais pigé jusqu'à ce qu'on m'explique: On faisait chanter le blues de ton manicraque (distributeur à pièces en chtimi). 
J'ai bien rigolé et j'ai admiré cette forme d'esprit... un peu salaud mais franchement marrant!
Depuis, la fée bleue m'a donné une fée verte qui me rend à moitié fou... et dès l'instant où cet être s'est battu pour avoir sa première respiration, toutes les conneries, toutes les colères s'évanouirent à jamais et ce nom devint le mien. Et il fut hors de question de ne pas le donner à mon tour. 
Tu vois, un jour tu m'as demandé pardon, mais de quoi? Qu'y a-t-il à pardonner? D'autres m'ont aidé à tenir debout sur mes jambes. Tout va bien. Pour toi aussi j'espère finalement. C'est un peu tard pour s'en soucier de toute façon. 
Aujourd'hui je suis comme je suis et tu n' y es pour rien.
Tu n'y a jamais été pour quoi que ce soit.

mercredi 10 février 2016

SOLEIL NOIR, de Axlreznor

Titre : SOLEIL NOIR

Auteur : Axlreznor

Thème : Famille

C'était un mercredi après-midi, j'avais dans les onze ans et mon frère, dans les neuf. Il faisait bon, mon père était comme d'habitude a la maison. Habitude très ancienne, puisqu'en onze ans, je ne l'avais vu travailler que 1 an plus ou moins. Je ne sais pas pour aujourd'hui, mais a mon époque, ce n'était pas très courant que ce soit la mère qui travaille et pas le père. Enfin, il était donc celui qui faisait les repas, la vaisselle en semaine et le ménage aussi d'ailleurs. 

Il avait été dans sa prime jeunesse commercial, professeur d'histoire et modèle pour un magazine de mode noir américain, Ebony dans les années soixante. Il est né a Bamako au mali, en mille-neuf-cent-trente-huit et est arrivé aux alentours de vingt ans en France pour suivre des études d'histoire. Il avait vécu les années 60 comme une rock star, voitures de sports, mariage avec une italienne, vivant entre les Etats Unis et la Suisse toujours entouré d'artistes divers et variés. Comment avec autant de talents, d'allant et d'expérience avait il pu se retrouver père au foyer sans emploi? Et passer ses journées devant la télé, les émissions de jeux, les séries allemandes et je ne sais quoi encore. Comment donc, sans aucun revenus et donc aucune possibilité de liberté matérielle, sans l'aide de ma mère et donc aucune activité personnelle réelle pouvait il se sentir bien ? 

Etait ce juste un beau parleur nous ayant menti sur sa jeunesse, ou juste un homme qui était passé a coté de sa vie?

Peut être est ce l'explication à ses sautes d'humeur violentes? Son alcoolisme rampant, ou ses renvois a la situation de nos cousins maliens qui eux n'avaient rien pour vivre contrairement a nous, selon lui...

Parce que oui en effet, il nous a appris l'aventure, la vraie, celle qui t'apprends a t'adapter très vite et a t'affirmer clairement.

Comme ce fameux mercredi après-midi, ou une fois de plus, ne souhaitant pas nous laisser seul a la maison, par soucis de responsabilité ou par peur que ma mère ne lui en veuille, je ne saurais dire... Nous voilà parti chez un de ses amis. Autre individu dont la vie n'est faite que de télé et d'alcool. On rechigne, mais on a pas le choix. On ne rechigne pas tant pour l'aventure, mais plutôt pour la conclusion possible de celle ci, la honte et l'incompréhension de voir son propre père se mettre minable devant un parterre d'inconnus rigolards.

Nous voilà donc parti sous le soleil a son zénith ou "étonnamment" nous nous arrêtons a chaque bar du chemin. Chaque bar l'activité principale de mon père est de "picoler" avec des inconnus en nous payant un diabolo menthe. Il va sans dire que la monnaie utiliser pour ces dépenses est celle de ma mère qui a le seul revenu du foyer, bien sur, ma mère n'était pas sensée être au courant de ces dépenses impromptues... On en fait bien trois avant d'arriver à destination et on peut percevoir aisément le déclin de la démarche de mon père... A chaque étape, comme pour le tour de France, on essaie, mon frère et moi avec nos mots et notre force de gamin d'empêcher notre père de boire des verres... En attendant, il fait visuellement l'évolution humaine de manière inversée, son dos se courbant de plus en plus et son allure générale mimant a chaque moment un peu plus le simien.

On ne connaissait pas l'alcool en soi, on était trop jeune, mais on avait déjà compris que ce breuvage changeait le comportement. A la suite de son ingestion, notre père ( et d'autres bien sur ), devenaient extrêmement nerveux et volubiles. Que recelait ce liquide fort désagréable a l'odeur pour changer autant les gens et les amener a s'insulter ou se battre entre eux ??? Mystère...

Nous arrivons enfin chez cet ami, sosie de Freddy Mercury mais en noir, je lui fais la bise forcé, je ne l'aime pas, il est sévère, mais surtout, a chaque fois qu'on va chez lui, mon père en ressort très mal. Je ne sais pas combien de temps on passe la bas, notre père nous mets dans la chambre des enfants de cet ami, on les entends parler et s'engueuler un peu, mais les engueulades, on connait. Tout ce que je souhaite c'est rentrer. Je suis inquiet, pour mon frère, pour moi, pour mon père et pour ma pauvre mère qui ne sait même pas ou on est... Et de ce qu'il pourrait se passer, mon père étant incontrôlable dans ce type d'état....

Enfin la délivrance, nous partons! Ouf! On va enfin rentrer... Regagner nos pénates, être dans une zone plus sécurisée, à la maison quoi! On fait le trajet inverse, mais là... Mon père nous refait rentrer dans les bars... Pareil, on en refait plusieurs... Déjà, au sortir de chez son ami il ne marchait plus droit et on commençait a le supporter physiquement... Le regard des passants était effrayant et vraiment déstabilisant... Je suppliais mon père de rentrer, mais non, on faisait bar sur bar et il était de plus en plus agressif... Il disait des phrases comme; " Vous êtes mes enfants, vous n'allez pas laisser votre père tout seul?", "On est une famille, on reste soudés!", " Qu'est ce qui m'arriverait si vous partiez?"... 

J'étais complètement déchiré et voir mon frère se poser aussi peu de question et le voir le suivre comme un mouton me faisait me sentir très coupable, après tout, j'étais le grand frère! C'était a moi d'agir...

J'ai donc commencé a harceler mon père pour qu'on rentre, de me donner la clef de la maison et enfin il m'écouta. Il était plié en deux, comme dans les histoires de Gaston Lagaffe ou il marchait sur ses propres mains, avec comme béquille ses deux enfants de chaque coté... C'était horrible. Impensable... On arrive a la maison, mais il décide au dernier moment d'aller dans un autre bar plus loin...

Je vois donc, impuissant, la maison s'éloigner. Je le force à me donner la clé en refusant d'avancer, en demandant à mon frère de me suivre... Je le tanne dix minute pour ça en continuant à marcher... Finalement, devant le bar il me donne enfin la clé magique, je peux rentrer et mettre mon frère et moi-même en sécurité.

Mais c'était sans compter sur l'attachement de mon frère pour mon père... Il a refusé. Je l'ai relancé plusieurs fois... Je n'ai pas eu gain de cause et je suis parti en le laissant seul avec mon père, lui me traitant de tous les noms...

Je m'en suis beaucoup voulu... Laisser mon frère comme ça... Mon père lui était adulte, il était sensé être notre protecteur... Mais mon frère... neuf ans ? Je ne comprenais pas pourquoi il ne m'avais pas suivi... Et en même temps je ne voyais aucune autre solution que de partir... Ce jour là, la relation parent enfant a disparue. Mon père était devenu un étranger. Il n'était plus question d'aller dans son sens pour quoi que ce soit. 

Je suis rentré chez moi, je n'ai pas appelé ma mère, j'étais en plein conflit d'intérêt, la situation familiale était déjà compliquée, je ne voulais pas mettre de l'huile sur le feu... Ma mère se saignait déjà au quatre veines pour nous trois, passait sa semaine au travail tout en étant réveillée au milieu de la nuit par mon père revenant de je ne sais ou... C’était déjà bien assez difficile pour tout le monde. 

Ils sont finalement rentrés un peu plus tard, genre une heure ou deux, il faisait encore jour... Et là j'ai un trou...

Cette journée a tout changé pour moi. Pas que je n'avais pas vécu d'autres déconvenues du genre avant, juste, une adéquation de problématiques, un age, un moment ? Et malgré cette histoire, je remercie mon père. Pourquoi ? Parce qu'a partir de ce moment là j'ai compris qu'en fait, qu'on le veuille ou non, qu'on se le cache ou qu'on évite d'y penser, nous sommes en fait tous très seuls dans la vie. Que la seule personne qui peut réellement se faire du bien comme du mal d'ailleurs c'est nous même, qu'on a en fait toujours le choix et qu'un vrai choix passe souvent par le sacrifice de quelque chose ou quelqu'un. Que la vie est un combat, jamais gagné d'avance, pour le pire et le meilleur. Il faut l'accepter. C'est a mon avis l'un des signes de la maturité d'ailleurs. Même si je n'ai jamais vraiment aimé ce mot.


En cette fin de mercredi après midi, mon père m'a donné une vrai leçon, le soleil déclinait mais mon esprit lui était en total éveil.

Je remercie mon père aujourd'hui, parce qu’il m'a rendu solide comme un roc, m'a obligé a travailler ma confiance en moi, ma pro activité, ma capacité a solutionner un peut tout et n'importe quoi, m’empêchant de devenir une future victime. M’empêchant d’écouter ma voix geignarde qui adore se trouver des excuses... 

Et je le remercie par dessus tout pour m'avoir montré ce qu’était une vie d'adulte sans valeurs ni but, de m'avoir montré qu'il fallait éviter de passer a coté de sa vie par soi disant générosité. La générosité bien ordonnée commence par soi même. C'est la meilleur manière d'aider les autres de savoir s'aider soi même. 

En somme, il m'a appris a chérir la vie et a me battre pour elle. Et pour cela, je lui dit merci."

vendredi 5 février 2016

TOUT VA BIEN, JE RESPIRE, de Doop

Titre : TOUT VA BIEN, JE RESPIRE

Auteur : DOOP

Thème : Famille

Les liens qui m'unissaient à ma grand-mère étaient très forts, ils le sont peut-être toujours. Il faut dire qu'on avait vécu beaucoup de choses pour une simple vie, des choses qu'on n'aurait peut-être jamais dû connaître.
Mes grands-parents m'ont recueilli vers l'âge de deux ou trois ans, lorsque ma mère a décidé qu'elle ne pouvait plus s'occuper de moi. En effet, mes parents se sont séparés lorsque j'avais six mois et ma mère a alors essayé de faire ce qu'elle pouvait. Elle a tenu un an et demi avant de craquer et de préférer se consacrer à sa vie qui était loin d'être terminée. Comme mon père n'avait pas vraiment envie non plus de s'encombrer d'un poids mort, j'ai donc atterri chez mes grands-parents maternels. Enfin, pas tout à fait non plus puisque celui que j'ai toujours appelé mon grand-père ne l'était pas, il s'agissait du deuxième mari de ma grand-mère qui n'avait jamais eu d'enfant et pour qui j'étais réellement un cadeau tombé du ciel. Lorsqu'il fallait remplir les questionnaires de début d'année à l'école, j'étais donc Cédric X, habitant chez Mr et Mme Y, fils de Monsieur X et de Madame Z (puisque ma mère avait repris son nom de jeune fille). Comme quoi, les situations familiales compliquées, ce ne date pas d'aujourd'hui. Mais c'était quand même assez rare pour l'époque. 
N'allez pas croire que c'était difficile. Non. On n'avait absolument pas d'argent, on vivait dans un HLM dans un quartier pourri mais cette enfance était certainement la meilleure que j'eus pu espérer. Rendez-vous compte, j'avais deux personnes à temps complet pour s'occuper de moi, m'apprendre à lire avant de rentrer en primaire, m'apprendre à compter, me faire lire, jouer, écrire. Mes grands-parents n'avaient jamais fait d'études mais ils étaient cultivés, s'intéressaient à tout, surtout mon grand-père, qui lisait tous les jours religieusement deux ou trois journaux dont l'Equipe (habitude que j'ai très longtemps conservée). Ils pouvaient se priver afin que je puisse avoir un bouquin en plus ou ne manquer de rien, ils l'ont fait maintes et maintes fois d'ailleurs. Si je vous écris aujourd'hui, installé dans mon canapé à l'intérieur de la maison dont je suis propriétaire avec mon chat qui me regarde du coin de l'œil, c'est en grande partie grâce à leur dévouement et leur joie de vivre. A leur générosité qui a fait qu'ils ont accepté de prendre en charge un gamin de deux ans et de s'en occuper tout le temps sans avoir beaucoup d'aide de ses parents biologiques (qui donnaient quand même un petit chèque en fin de mois, histoire de se dédouaner un peu certainement). Mais je m'éloigne du sujet.
Nous avions avec ma grand-mère un lien secret, une sensibilité commune dont nous n'avons malheureusement jamais parlé, quelque chose qui nous a unis inconsciemment. J'étais certainement trop jeune pour pouvoir mettre des mots sur ce sentiment, elle était certainement trop pudique ou trop réservée pour qu'on en parle un jour franchement, peut-être que tout bonnement nous n'avons jamais osé regarder ce que l'on vivait tous les deux en face car cela nous aurait totalement brisé ou fait du mal. Je ne sais pas si elle pensait me protéger ou si c'était moi qui inconsciemment essayais de lui éviter cette douleur. Je ne le saurai jamais. 
Ce sentiment qui nous rapprochait, ce lien indescriptible qui nous rendait aussi fusionnels n'était pas des plus agréables, c'était tout simplement l'attente de la mort.
On avait diagnostiqué, certainement lorsque j'étais tout petit et peut-être encore chez ma mère, une grave maladie à mon grand-père. Malformation cardiaque. Il avait au maximum 5 ans de vie, lui avait-on annoncé ce jour-là et le médecin de famille passait tous les vendredis soirs pour lui refaire une ordonnance et mesurer sa tension, son rythme cardiaque. Personne ne m'en avait évidemment jamais parlé, c'était le secret. Et il y a beaucoup de choses que je comprends mieux maintenant, comme par exemple le fait de dormir avec ma grand-mère dans sa chambre alors que mon grand-père faisait ses nuits, lui, dans la mienne. Juste pour qu'un jour elle ne se réveille pas avec un cadavre à côté d'elle. Mais on ne peut rien cacher à un enfant. Même si personne ne m'a jamais avoué la triste vérité, je l'avais assimilée sans pouvoir toutefois mettre un mot dessus.
Je me rappelle me lever parfois la nuit et aller voir dans "ma" chambre si mon grand-père respirait toujours alors que personne n'en avait parlé. Je ne savais même pas pourquoi je le faisais, je devais avoir au maximum une petite dizaine d'années. La tension et le sentiment de mort devaient être assez sous-jacents pour que mon esprit en soit déjà intégralement imprégné et que je réagisse de la sorte sans vraiment savoir pourquoi, de manière absolument automatique et instinctive. Et parfois je retrouvais ma grand-mère, dans ce couloir sombre qui reliait les deux pièces, et on se disait "tout va bien, il respire". Et on n'en reparlait plus avant la nuit qui suivait.
Au fil des années, les visites nocturnes se sont amplifiées, surtout quand la "date d'expiration" de mon grand-père a été dépassée. Il a survécu pendant plus de 10 ans au lieu des 5 années promises. Cinq années de plus ou le ballet nocturne entre moi et ma grand-mère reprenait de plus belle, surtout aux alentours de Noël. J'aime toujours à penser que s'il a réussi à repousser sa condition, c'était parce que j'étais là, le seul gamin qu'il ait jamais élevé, celui à qui il a tout appris. J'en ai encore les larmes aux yeux quand j'y repense.
Lorsqu'il disparut, en dépit des efforts de la famille proche, ma grand-mère et moi étions complètement dévastés. J'avais treize ans et je devais prendre en charge notre structure familiale complètement détruite. Il fallait que je m'occupe de ma grand-mère. Il fallait qu'elle s'occupe de moi. Je n'ai jamais une seule fois pleuré devant elle, il fallait être fort, pour elle. Elle n'a jamais pleuré devant moi. Il fallait que l'on tienne, on n'avait pas beaucoup d'argent puisque, comble de malchance, mon grand-père nous a quitté avant l'âge de la retraite et que ma grand-mère n'avait jamais travaillé. Alors elle a commencé à faire du repassage chez les voisins tandis que j'essayais de gérer du mieux possible le compte en banque, ma grand-mère n'ayant jamais rempli un seul papier administratif de sa vie (c'était mon grand-père qui s'en occupait). Alors que la majorité de mes amis rêvaient le soir aux filles ou aux futures vacances en famille, je faisais des nuits blanches pour savoir si la Caisse Nationale de Retraite pour le Bâtiment allait enfin envoyer son chèque trimestriel. C'est cruel quand on n'a que treize ou quatorze ans. Mais on s'est reconstruit, tant bien que mal. C'était bancal, il a toujours manqué quelque chose mais bon an, mal an on a réussi à voir un peu de lumière. Tout n'a pas été drôle, il a fallu parfois que je pense à moi pour grandir du mieux possible et certainement mettre de temps en temps ma grand-mère de côté. C'était égoïste, mais je me dis que c'était nécessaire même si je m'en veux encore un peu. 
Lorsqu'on a diagnostiqué chez elle la maladie d'Alzheimer, je n'étais plus seul dans l'équation. Ma mère, qui revenait de nombreuses déconvenues sentimentales et médicales, avait repris une place assez importante dans notre structure familiale. Elle n'était pas encore entrée dans le cercle mais c'était la personne qui s'en rapprochait certainement le plus. Elle l'emmenait aux courses, gérait les papiers quand j'étais à la fac. Elle m'a beaucoup aidé dans cette période où j'avais décidé de fermer les yeux sur la maladie de ma grand-mère, qui n'en était encore qu'à ses balbutiements. Avec le recul, ignorer sa maladie c'était peut-être une manière de ne plus vouloir revivre ce sentiment d'attente, de refuser l'inexorable fatalité, la fin inéluctable.
Un cruel coup du sort, un fonctionnaire un peu trop scrupuleux, m'a alors envoyé travailler à 1 000 kilomètres de la maison. Il a donc fallu que ma mère prenne en charge tout le quotidien. L'état de ma grand-mère s'était détérioré et bizarrement, j'avais pris un peu de distance avec elle, comme si j'essayais mentalement de me protéger, de m'éloigner pour, pensais-je, souffrir un peu moins. On fait ce que l'on peut avec les moyens que l'on a…
Et voilà qu'une nuit d'hiver, dans mon nouvel appartement pas du tout meublé; loin là-bas, si loin de ma véritable maison, ma grand-mère est apparue. Elle se trouvait au bord de mon lit, comme lorsqu'elle se levait dix ans plus tôt et venait me voir en me disant "tout va bien, il respire". Un rêve, certainement. 
Sauf que le lendemain, ma mère m'appelait pour me dire que ma grand-mère avait été retrouvée dans un état déplorable, qu'elle avait certainement fait une attaque cérébrale et qu'elle allait désormais se retrouver en foyer médicalisé, comme un légume, ne reconnaissant plus personne.
J'aime à penser qu'avant de laisser son esprit partir et s'enfoncer dans le néant, elle m'a adressé ce dernier message à 1 000 kilomètres de distance, pour me dire que tout allait bien se passer, qu'elle a utilisé ce lien unique et fort simplement pour me rassurer et me dire au revoir. C'est la dernière fois que je l'ai vue (je l'ai en réalité revue quelques mois plus tard dans sa maison médicalisée mais ce n'était plus elle, simplement une enveloppe).
Elle n'est jamais revenue me voir, même avant sa mort physique.
Parfois, j'aimerais bien qu'elle revienne me voir pour lui dire "tout va bien, je respire".

mercredi 3 février 2016

HISTOIRE SANS DIALOGUES, de Zen Arcade

Titre :

Auteur : ZEN ARCADE

Thème : AMOUR

« J’ai pas envie d’être morte », elle me dit. Et moi, pris de court, je ne sais pas quoi lui répondre.
Ceci est une histoire sans dialogues.
Elle ne m’a pas dit « J’ai pas envie de mourir ». Non, mourir, c’est une abstraction. Personne ne sait ce que c’est. Alors, avec ses mots, elle m’a juste dit « Papa, j’ai pas envie d’être morte ».
Elle a quatre ans et demi.
La veille, au boulot, j’ai reçu un appel d’urgence de l’hôpital. « Votre fille doit être opérée en extrême urgence. Son appendice a éclaté, on craint la péritonite. On a besoin de votre accord.»
Je quitte le bureau, je prends tram, métro, train, je récupère la voiture et je fonce à l’hôpital. Je m’en veux de ne pas avoir été là mais heureusement j’apprends rapidement que l’opération s’est bien déroulée.
Le lendemain, dans ses yeux, je vois la lucidité de ces enfants qui ont dû apprendre à vivre avec la maladie. Elle m’écrase de sa sagesse. Elle me donne une leçon de résilience.
Et bientôt, on se croit sorti d’affaire. Trop vite sans doute. De retour à la maison, la fièvre reprend, le thermomètre monte à nouveau à plus de 41°. L’infection est toujours là, tenace.
Retour à l’hôpital. Nouveaux examens. L’infirmière en chef me dit « Ca va monsieur ? Vous êtes tout blanc. » Les chirurgiens décident de la placer sous sédation et de pomper le pus au moyen d’une grosse seringue. Si ça ne fonctionne pas, il faudra réopérer.
Moi, je vois juste son petit corps inerte, complètement vulnérable, infiniment fragile et je repense à sa terrible phrase. La dextérité des chirurgiens est impressionnante. Ca rassure. Un peu.
Apparemment, tout se passe bien. Retour en chambre. Les paramètres sont bons, petit à petit la fièvre diminue et le drain charrie des humeurs de moins en moins sombres.
Enfin, elle reçoit la permission de sortir. Dehors, c’est l’hiver mais il fait un temps superbe. Son beau prénom, formé avec les idéogrammes qui signifient « beau temps » et « beauté », ne m’a jamais paru si bien choisi.
On respire, on se regarde, on se sourit.
Ceci était une histoire sans dialogues.
Pour parler, on a toute la vie devant nous.